vendredi 5 janvier 2018

Catalogne, Corse : pourquoi Roger Martelli fait fausse route, par Bruno Della Sudda et Patrick Silberstein

Roger Martelli a eu la bonne idée de rapprocher la Corse et la Catalogne dans une récente tribune publiée par Libération (lire ci-dessous). Même si les situations en Corse et en Catalogne ne sont pas identiques, il y a tout lieu de se réjouir de ce rapprochement, particulièrement pour une "gauche de gauche", pour reprendre ses termes. 

Car ce qui justifie ce rapprochement, sur le fond, c'est bien ce qui est commun aux deux situations, et qui a fait l'objet de commentaires dans toute l'Europe : l'aspiration des peuples à l'autodétermination. 

C’est malheureusement une aspiration et un droit qui sont absents de la tribune de Roger qui passe donc, hélas, à côté de l'essentiel. Il fait le choix d'opposer le « eux et nous » et l'option « identitaire » – procédé rhétorique pour le moins malvenu - au clivage social cher à la gauche et à ce à quoi il renvoie : l'aspiration à se soustraire à la domination pour aller à l'émancipation. Or, c'est précisément cette volonté de se soustraire à la domination et l'horizon de l'émancipation qui pointent en Corse comme en Catalogne au travers de l'aspiration à l'autodétermination. 

Que cette volonté et cette aspiration ne soient pas partagées par toutes et tous, c'est l’évidence. Que, comme tout processus social et politique radical, celui-ci sécrète la réaction, est une autre évidence. Que cette volonté et cette aspiration s'expriment sur le plan électoral par des canaux extérieurs à la gauche en Corse et en partie extérieurs à la gauche en Catalogne, c'est la réalité. 

vendredi 22 décembre 2017

Les élections en Catalogne constituent un camouflet pour Rajoy !, par Richard Neuville

Les élections du 21 décembre convoquées par le gouvernement de Mariano Rajoy étaient censées clore la séquence récente d’un bras de fer entre la Catalogne et l’État espagnol, entre velléités « séparatistes » et « unionistes ». Or, elles ont été organisées dans un contexte de tensions exacerbées suite au « coup d’État constitutionnel » d’octobre dernier, avec des responsables politiques et associatifs emprisonné-e-s, d’autres poursuivi-e-s ou en exil à Bruxelles, à l’image du président destitué de la Catalogne, Carles Puigdemont, et des procédures judiciaires à l’encontre de centaines d’élu-e-s et de militant-e-s. 

La phase du processus d’autodétermination de juin à décembre aura été trop intense pour qu’elle s’interrompe après ces élections et les résultats le confirment. En effet, le mouvement est trop enraciné pour qu’il s’évanouisse à l’issue d’une campagne électorale surréaliste et qui s’est déroulée dans des conditions délétères. 

Avant d’analyser les résultats, revenons sur les principaux moments de cette dernière période. Entre le 9 juin, jour de l’annonce de la convocation du référendum d’autodétermination, et le 7 décembre, jour de la manifestation importante à Bruxelles, le gouvernement catalan a poursuivi la procédure de consultation de la population pour l’indépendance, l’accumulation de forces engendrée depuis juillet 2010 a confirmé ses potentialités de mobilisations et le pouvoir central a montré son vrai visage en réprimant fortement le mouvement, en suspendant les institutions catalanes et en instaurant un climat de tension. 

lundi 18 décembre 2017

Dépasser l'état en Misarchie et ailleurs, Rencontre le 24 janvier avec Emmanuel Dockes

Dans Voyage en Misarchie, Essai pour tout reconstruire, Emmanuel Dockès imagine un pays si évolué qu’il aurait depuis longtemps abandonné le système capitaliste. Un pays qui aurait à la fois supprimé la propriété comme moyen de domination et l’Etat lui-même ! 

C’est en particulier autour de cette idée que nous vous proposons de réfléchir avec nous et Emmanuel Dockès, le 24 janvier prochain à Paris. 

En Misarchie, l’État a été remplacé par une juxtaposition de « districts », des « communs » auxquels les habitants adhèrent automatiquement, en fonction de leur présence sur un lieu donné et des services publics à organiser. Ceux-ci sont complétés par des « associations » (associations à but non lucratif, entreprises…) auxquelles l’adhésion est libre et volontaire. Ces structures s’appuient sur une loi fondamentale, sur laquelle se superposent les législations des districts ou des associations. Emmanuel Dockès, juriste de profession, nous exposera les fondamentaux de cette nouvelle architecture institutionnelle. 

dimanche 17 décembre 2017

Garanties judiciaires : la citoyenneté dégradée, par Eugène Bégoc

Le 4 octobre dernier Pourparlers en Picardie débattait de la nature et de la portée des contrôles à l'encontre des réfugié.e.s. Ce 14 décembre, l'association sollicitait de Richard Kempf, avocat, le bilan législatif des obligations administratives de respect des libertés fondamentales. 

1. Visites et saisies, nouvelles prérogatives de police administrative 

Les perquisitions menées en dehors du cadre judiciaire sont désormais entrées dans le droit français : l'article L. 229-1 du code de sécurité intérieure établit que tout préfet peut faire procéder à des "visites et saisies". La personne qui la subit est ensuite privée de recours judiciaire : le magistrat pénal ne peut pas être saisi, seul le juge administratif est compétent, autrement dit "l'administration juge l'administration", l'administration donc est à la fois juge et partie. 

jeudi 14 décembre 2017

Le retour au premier plan du droit à l’autodétermination des peuples, par Richard Neuville

Passé le temps de la décolonisation et de la poussée nationalitaire des années 1970, le droit à l’autodétermination des peuples semblait oublié dans l’Hexagone et voilà, qu’en cet automne, il resurgit avec une grande acuité. 

La victoire des formations nationalistes (autonomistes et indépendantistes réunis) en Corse, les litiges dans la définition du collège électoral pour le référendum d’autodétermination prévu en Kanaky en 2018 et la proclamation symbolique de la République catalane (même si le sentiment nationaliste s’exprime peu en Catalogne du Nord) sont l’expression du retour au premier plan de la question nationale. 

La République française, chantre des droits humains, ne concède même pas les droits culturels en métropole, elle n’a toujours pas signé ou ratifié les conventions du Conseil de l’Europe : la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales de 1991 (non signée) et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires de 1992 (non ratifiée par le Parlement). Les rapports de domination coloniale sont toujours présents comme l’ont révélé les événements dans les « départements » d’outre-mer en Guadeloupe en 2009 ou en Guyane au printemps dernier. 

mercredi 15 novembre 2017

Les révolutions indo afro latino-américaines, par Richard Neuville


Cette intervention a été prononcée le 10 juin 2017 lors de la journée d'étude du Réseau sur l'autogestion et les processus révolutionnaires de notre temps.

Autogestion et Révolution longue, par Bruno Della Sudda



Cette intervention a été prononcée le 10 juin 2017 lors de la journée d'étude du Réseau sur l'autogestion et les processus révolutionnaires de notre temps.

L'altermondialisme et les révolutions arabes, par Gus Massiah


Cette intervention a été prononcée le 10 juin 2017 lors de la journée d'étude du Réseau sur l'autogestion et les processus révolutionnaires de notre temps.

lundi 13 novembre 2017

Pour un service public construit sur la base de la Démocratisation, de la Socialisation et de l'Autogestion


Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes[1] appelle à lutter pour un service public et des biens communs qui garantissent, à l’échelle mondiale, une égalité de prestations et de droits pour l’ensemble de la population. 

Le service public constitue un salaire social, un élément décisif du revenu et des conditions de vie des classes populaires. Il détermine et définit une répartition de la richesse socialement produite. 

C’est pourquoi il doit être égalitaire pour toutes les populations concernées, reprendre les prestations et les structures les plus avancées des services publics nationaux et régionaux, s’aligner sur le mieux-disant pour toutes les prestations et les activités qu’il devrait assurer, se construire à partir d’une stratégie de convergence rapide, fonctionner selon des critères d’utilité sociale. 

jeudi 2 novembre 2017

68 thèses pour l’autogestion et l’émancipation, par Bruno Della Sudda, Patrick Silberstein, Romain Testoris (octobre 2017)

1917. Dans un monde où les empires imposent la barbarie coloniale et exploiteuse à des centaines de millions d’indigènes, un coup de tonnerre éclate aux confins d’une Europe continentale lacérée de tranchées sanglantes. La Révolution russe qui jaillit soulève les consciences humaines. Une brèche s’ouvre. En Russie, ouvriers, paysans et soldats montent à l’assaut du ciel et déferle, pour un temps, l’invention d’une autre vie qui bouillonne dans toutes les veines de la société. 

Pour les opprimé•es et les exploité•es du monde entier, un espoir est né et il faut encore saisir à la fois ce moment d’émancipation, dans toutes ses couleurs, et sa destruction en quelques années, trahi, défiguré, piétiné par la contre-révolution stalinienne. 

mercredi 18 octobre 2017

1948-2018 Contre vents et marées. Hier comme aujourd’hui : l’actualité d’un socialisme autogestionnaire, par Catherine Samary

C’est avec l’autorisation de Catherine Samary que nous publions ce long et intéressant texte illustrant la nécessité de reprendre , contre vents et marées, en cette période de basses eaux des réflexions sur les perspectives de changements de la société, le chemin de la seule « utopie concrète » qui soit, la perspective de la démocratie intégrale, c’est-à-dire de l’autogestion généralisée. 

Henri Mermé

"1948 fut l’année de « l’excommunication » des communistes yougoslaves par Staline. Pourquoi quelque soixante dix ans plus tard s’intéresser encore (ou à nouveau) à l’expérience socialiste autogestionnaire yougoslave 1 ? Que pourrait-on y trouver pour répondre aux problèmes du capitalisme du XXIè siècle alors que l’ancienne fédération et système yougoslaves ont disparu dans la tourmente de dramatiques voire sanglants conflits ? 

L’alternative exprimée en 1918 par Rosa Luxembourg, « socialisme ou barbarie » est plus que jamais actuelle. Mais les mots – socialisme, communisme – associés aux projets émancipateurs, ont été affaiblis ou dénaturés par des échecs voire par des politiques criminelles mais aussi par des idéologies mensongères couvrant d’autres politiques criminelles. 

lundi 16 octobre 2017

"Que reste-t-il de 1917 ?" Réunion débat samedi 11 novembre de 9h30 à 16h30 au Maltais Rouge , Paris

Co-organisé par l’OMOS, l’Association Autogestion, le réseau AAEF, l’ACU, les Editions Syllepse, Contretemps, Regards, Les cahiers de l’Histoire 

La Révolution d’Octobre 17 est désormais vue à travers la faillite de l’URSS. Quelle qu’aura été le regard porté sur cette dernière, cette Révolution et ce qui en a découlé a largement marqué le XXe siècle et l’idée de transformation sociale des sociétés. Son écroulement a débouché sur des thèmes comme « la fin de l’Histoire » ou le Tina (There Is No Alternativ) de Margaret Thatcher. 

 Aujourd’hui, des analyses différentes voire divergentes ont des conséquences diverses sur la question de la transformation sociale et ce, au moment où dans de multiples pays, le système politique et institutionnel connaît une crise inégalée. 

mardi 3 octobre 2017

Etat espagnol, Catalogne : histoire d'une séparation, par Richard Neuville

Le référendum organisé dimanche par les forces indépendantistes catalanes, ainsi que la féroce répression qui s’en est suivie, trouvent leur explication dans la lente dégradation d’un processus qui avait démarré de manière favorable dans les années 2000, avant de se heurter aux refus réitéré de toute forme de concession de la part du gouvernement central. Les revendications catalanes sont alors progressivement passées d’une autonomie négociée, à une volonté d’indépendance pure et simple. Celle-ci ne peut être que renforcée par les événements des derniers jours. 

L’auteur de cette tribune, Richard Neuville, est militant syndical et politique et co-animateur de l’association Autogestion. 

"Depuis la Diada – le 11 septembre : jour de la fête nationale de Catalogne – qui a réuni plus d’un million de personnes dans les rues de Barcelone, les interventions du pouvoir central s’enchaînent contre le processus d’autodétermination engagé en Catalogne.